La Norvège déroule ses fjords comme des virages dessinés au compas. L’Islande, elle, semble avoir été sculptée par une planète encore en train de refroidir. Relier ces deux terres de contrastes au volant, c’est s’offrir un voyage où le rugissement du moteur accompagne aussi bien les cascades que les champs de lave. Mais il faut le savoir avant de faire chauffer la gomme : aucun ferry direct ne relie la Norvège à l’Islande. Le trajet passe par le Danemark, puis par les îles Féroé.
Voici un itinéraire réaliste pour combiner les routes norvégiennes et islandaises, avec les étapes à ne pas manquer, les contraintes de transport et quelques conseils pour profiter du voyage sans transformer chaque journée en course contre la montre.
Le principe du voyage entre la Norvège et l’Islande
Le lien maritime entre les deux pays est assuré par Smyril Line. Son navire, le Norröna, relie Hirtshals, au Danemark, à Seyðisfjörður, dans l’est de l’Islande, avec une escale aux îles Féroé. Il est possible d’embarquer son propre véhicule : une option précieuse pour garder sa liberté une fois arrivé en Islande.
Depuis la Norvège, il faut donc d’abord rejoindre le Danemark. Selon votre point de départ et votre itinéraire, vous pouvez descendre par la route à travers la Suède et le Danemark, ou prendre un ferry vers le Danemark. Vérifiez les horaires, les ports et les conditions de traversée avant de bâtir votre parcours : les liaisons maritimes et les fréquences varient selon la saison.
La traversée vers l’Islande dure plusieurs jours et doit être réservée longtemps à l’avance, surtout en été. Les places pour les voitures et les véhicules hauts ou longs sont limitées. Au moment de réserver, indiquez les dimensions exactes du véhicule, accessoires compris. Une galerie de toit ou un coffre extérieur peut modifier la catégorie tarifaire.
Combien de temps prévoir ?
Pour goûter aux fjords norvégiens sans les avaler à toute allure, comptez au moins une semaine dans le pays, puis une dizaine de jours en Islande. Ajoutez le temps nécessaire pour rejoindre Hirtshals et effectuer la traversée. Avec deux semaines au total, il faudra choisir : une escapade concentrée en Norvège ou un aperçu de l’Islande, plutôt qu’un grand tour des deux pays.
Trois semaines offrent un rythme plus confortable : sept à huit jours sur les routes norvégiennes, deux ou trois jours pour rejoindre le Danemark et embarquer, puis dix à douze jours en Islande. Les distances paraissent parfois modestes sur une carte, mais la vitesse moyenne baisse vite sur les routes de montagne, dans les villages et derrière un camion chargé de bois. Ici, la bonne moyenne se mesure davantage en paysages savourés qu’en kilomètres avalés.
Première partie : des fjords de Norvège à Hirtshals
Pour un itinéraire qui privilégie les grands paysages, partez de Bergen et remontez vers les fjords de l’ouest. Si vous arrivez par Oslo, prévoyez une première étape vers la côte : la traversée du pays est belle, mais elle demande du temps. Bergen constitue un excellent point de départ, avec son port, ses maisons colorées et ses routes qui s’échappent presque aussitôt vers les montagnes.
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Bergen et le Hardangerfjord : prenez la direction de l’Hardangerfjord, célèbre pour ses vergers, ses villages au bord de l’eau et ses cascades. Au printemps, les arbres en fleurs encadrent les routes ; en été, les plateaux offrent de belles échappées vers les hauteurs.
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Le Sognefjord et ses embranchements : poursuivez vers le plus long fjord de Norvège. Les routes qui le bordent alternent entre tunnels, traversées en ferry local et lacets serrés. Faites une halte à Flåm, puis prenez le temps d’explorer les petites routes qui remontent dans les vallées.
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Geiranger et la route des Aigles : rejoignez Geirangerfjord, dont les parois semblent plonger dans l’eau. La route des Aigles offre un panorama spectaculaire depuis ses virages en épingle. Dans un coupé sportif, la trajectoire est un régal ; dans un camping-car, elle devient surtout un exercice de patience. Gardez vos distances et laissez passer les véhicules plus lents aux endroits prévus.
En fonction du temps disponible, vous pouvez poursuivre vers Ålesund, ou redescendre vers le sud et la côte. Pour rejoindre le Danemark, prévoyez ensuite une longue journée de route, voire une étape intermédiaire. Les ferries intérieurs norvégiens font partie du voyage : consultez les horaires, gardez un moyen de paiement fonctionnel et ne supposez pas que chaque traversée accepte les véhicules sans attente.
Les routes panoramiques norvégiennes sont souvent étroites et leurs conditions changent vite. Les tunnels peuvent être longs, les chaussées humides et les animaux surgir sans prévenir. Une sportive basse appréciera les revêtements corrects des grands axes, mais les chemins non goudronnés et certaines entrées de parkings peuvent mettre à l’épreuve son garde au sol. Inutile de chercher la corde dans chaque virage : la meilleure trajectoire est celle qui vous laisse une marge de sécurité.
La traversée : une parenthèse dans le voyage
À Hirtshals, embarquez avec un peu d’avance et gardez à portée de main vos papiers de voyage, la confirmation de réservation et les documents du véhicule. Une fois à bord, la voiture reste généralement inaccessible pendant la traversée : prenez avec vous les affaires dont vous aurez besoin dans votre cabine.
L’escale aux îles Féroé mérite qu’on s’y attarde si votre calendrier le permet. Les paysages y sont saisissants, mais une visite exige de vérifier les règles de débarquement, la durée d’arrêt et les modalités de transport du véhicule. Ne comptez pas improviser une longue excursion sur place sans avoir confirmé ces détails auprès de la compagnie.
Après la mer, l’arrivée à Seyðisfjörður donne le ton. La route qui quitte le village grimpe dans les montagnes, dévoile des cascades et peut être enveloppée de brouillard. Prenez votre temps : le décor est puissant, mais la météo peut réduire la visibilité en quelques minutes.
Deuxième partie : l’Islande par la route circulaire
La route circulaire, ou route 1, fait le tour de l’île et relie la plupart des grands sites accessibles en voiture ordinaire. Elle est en grande partie goudronnée, mais cela ne signifie pas que toutes les routes secondaires le sont. Un itinéraire de dix jours permet d’en découvrir une belle sélection, à condition de ne pas multiplier les détours chaque matin.
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Seyðisfjörður et les fjords de l’Est : après le débarquement, traversez les fjords de l’Est en prenant le temps de vous arrêter dans les petits ports. Les distances entre les villages sont modestes, mais la route suit les contours de la côte : prévoyez donc des journées moins ambitieuses qu’elles n’en ont l’air sur la carte.
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Le lac Mývatn : dirigez-vous vers cette région volcanique, riche en champs de lave, cratères et sources géothermiques. Les paysages semblent parfois lunaires, surtout quand la brume se pose sur les étendues minérales. Les abords du lac offrent plusieurs balades courtes qui méritent de couper le moteur.
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Le nord et Akureyri : faites halte à Akureyri, une ville agréable pour souffler, faire le plein et trouver des services. La région permet aussi d’observer des baleines lors d’excursions organisées, selon la saison et les conditions en mer.
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Les chutes de l’ouest : en poursuivant vers l’ouest, prévoyez un détour par des cascades telles que Goðafoss, puis choisissez votre route vers la région de Borgarnes. Les pistes secondaires et les traversées de gués ne sont pas des raccourcis anodins : vérifiez leur état avant de vous y engager.
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Le Cercle d’Or : près de Reykjavík, le parc national de Þingvellir, la zone géothermique de Geysir et la cascade Gullfoss composent un itinéraire classique, mais spectaculaire. Partez tôt pour profiter des lieux avant les heures les plus fréquentées.
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La côte sud : terminez par les cascades, les plages de sable noir et les glaciers du sud. Les sites sont nombreux entre Vík et la région de Skaftafell. Respectez les panneaux sur les plages : les vagues peuvent être dangereuses et surprendre même les visiteurs qui restent près du rivage.
Si vous disposez de plus de temps, ajoutez la péninsule de Snæfellsnes, à l’ouest de l’île. Elle rassemble volcans, falaises, plages et villages de pêcheurs en un espace relativement compact. En revanche, ne cherchez pas à caser les Hautes Terres dans un itinéraire ordinaire sans préparation : certaines routes, signalées par la lettre F, sont réservées aux véhicules à quatre roues motrices et peuvent comporter des passages difficiles, notamment des gués.
Quel véhicule choisir ?
Un véhicule de tourisme convient à la route circulaire islandaise et aux grands axes norvégiens lorsque les conditions sont bonnes. Un véhicule à quatre roues motrices devient nécessaire sur certaines routes de montagne et pour les routes F, selon la réglementation et l’état du parcours. Louer un véhicule adapté en Islande peut être plus judicieux que d’y transporter une voiture qui n’est pas conçue pour les pistes.
Une supercar peut trouver sa place sur les belles routes goudronnées de Norvège, où les enchaînements de courbes récompensent une conduite précise. En Islande, le choix demande davantage de discernement : gravillons, nids-de-poule, vent latéral et chaussées parfois dégradées ne forment pas le meilleur terrain pour une carrosserie basse et des jantes fragiles. Si vous voyagez avec votre propre sportive, adaptez votre itinéraire, protégez les parties sensibles et vérifiez les exclusions de votre assurance.
Dans les deux pays, respectez les limitations et les règles locales. En Norvège, les amendes pour excès de vitesse sont sévères. En Islande, rouler hors des routes balisées est interdit et peut gravement endommager les sols volcaniques, qui se régénèrent très lentement. La conduite spectaculaire n’a aucun intérêt si elle abîme les paysages que l’on est venu admirer.
Quand partir et comment préparer ses journées
L’été, de juin à août, offre les journées les plus longues et généralement les meilleures conditions pour circuler. C’est aussi la période la plus demandée : hébergements, traversée maritime et véhicules de location se réservent tôt. Au printemps et au début de l’automne, les routes sont parfois plus calmes, mais la météo devient moins prévisible. En hiver, la neige, le vent et le manque de lumière imposent de revoir complètement le parcours.
Avant chaque départ, consultez les bulletins météorologiques et l’état des routes. En Islande, le vent peut rendre l’ouverture d’une portière délicate ; tenez-la fermement pour éviter qu’elle ne soit arrachée ou endommagée. Prévoyez une marge dans votre programme pour une fermeture de route ou une averse persistante. Le détour imposé par les éléments fait partie du voyage, même si le GPS n’a pas prévu de poésie dans son itinéraire.
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Réservez tôt la traversée entre Hirtshals et Seyðisfjörður, surtout si vous embarquez un véhicule.
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Vérifiez les dimensions, les assurances et les restrictions liées à votre voiture avant le départ.
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Gardez du carburant et de l’eau en réserve lors des longues étapes peu peuplées.
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Prévoyez des vêtements imperméables et chauds, même au cœur de l’été.
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Consultez chaque jour les conditions routières et renoncez à une piste si son état vous paraît incertain.
Un itinéraire à savourer, pas à chronométrer
Ce voyage relie deux univers qui n’ont pas besoin d’artifices pour impressionner. En Norvège, la route épouse les fjords et grimpe vers des panoramas où l’on coupe volontiers le moteur. En Islande, elle traverse des paysages volcaniques qui semblent tout droit sortis d’un autre âge. Entre les deux, la mer et les îles Féroé offrent une transition bienvenue.
Choisissez des étapes réalistes, gardez du temps pour les arrêts et adaptez votre véhicule aux routes empruntées. Le plaisir ne tient pas au nombre de kilomètres parcourus, mais à ce moment précis où l’on sort d’un tunnel norvégien face à un fjord, ou lorsque le soleil rase une coulée de lave islandaise. Le moteur peut alors reprendre son souffle : le paysage, lui, a déjà passé la vitesse supérieure.

