Il y a des routes qui marquent, et puis il y a le Nürburgring. Le Nordschleife n’est pas juste un circuit : c’est un ruban d’asphalte sauvage de plus de 20 km, planté en plein cœur de l’Eifel, qui met à nu votre voiture, votre ego et votre capacité à rester humble à haute vitesse. Si tu rêves d’y emmener ta supercar pour un roadtrip, de goûter à ce tracé mythique sans faire n’importe quoi, cet article est pour toi.
Pourquoi le Nürburgring obsède tous les passionnés
Le Nürburgring Nordschleife, c’est :
- 20,832 km de virages aveugles, de compressions, de bosses et de cordes invisibles
- Plus de 70 virages officiels (et bien plus si tu comptes les micro-changements de direction)
- Des dénivelés de montagne : environ 300 m entre le point le plus bas et le plus haut
- Une météo capable de changer trois fois par tour
Sur une route ouverte, tu ne pourras jamais pousser ta supercar comme là-bas. Sur une simple balade en col, tu n’auras pas non plus ce mélange de vitesse, de danger maîtrisé et de précision absolue. Le Ring, c’est le juge de paix : tout y est amplifié. Les forces G, les erreurs, les talents… et les bêtises.
Et le plus fou ? Tu peux y aller avec ta propre voiture, comme pour un péage un peu particulier. C’est ce qu’on appelle les Touristenfahrten.
Touristenfahrten : comprendre comment ça marche
Le Nürburgring ouvre régulièrement le Nordschleife au public sous forme de sessions touristiques, les fameuses TF. Tu arrives avec ta voiture, tu passes la barrière, tu bip ton ticket, tu roules. Simple sur le papier, mais il y a quelques règles à intégrer si tu veux revenir entier, toi et ta supercar.
Ce qu’il faut savoir absolument :
- Le circuit est considéré comme une route à péage : le Code de la route allemand s’applique (dépassement par la gauche uniquement, etc.).
- Tu roules avec d’autres voitures, des motos, parfois des vans, des compactes prépa, des GT3 RS full slick et des débutants paniqués. Gros mélange de niveaux.
- En TF, les chronos officiels sont interdits. Personne ne t’empêche de lancer un chrono perso, mais ce n’est pas la priorité pour un premier roadtrip.
- Les drapeaux et feux doivent être respectés scrupuleusement. Jaune = ralentir fortement. Rouge = sortir à la prochaine sortie.
- En cas d’accident ou de sortie de piste, les coûts peuvent vite s’accumuler : barrière, évacuation, nettoyage, fermeture de piste… et assurance pas toujours ravie.
Le principe du Bridge-to-Gantry (BTG) : pour les sessions TF, le tour « chrono » se fait en général du pont (Bridge) juste après la barrière d’entrée jusqu’à la fameuse gantry (portique) avant la sortie. Tu ne chronomètres donc pas la partie Touristenfahrten avec les entrées/sorties. Pratique pour comparer tes progrès sans te mettre une pression idiote.
Préparer sa supercar : la base avant d’attaquer le Ring
Tu peux arriver là-bas avec une auto stock, mais une supercar mal préparée au Ring, c’est comme partir faire un trek en tongs. Avant de démarrer le roadtrip, prends le temps de faire un vrai check-up.
Freins : ton meilleur allié
- Liquide de frein haute température (DOT 4 ou 5.1 de qualité) récent : si tu ne sais pas quand il a été changé, change-le.
- Plaquettes avec au moins 60–70 % de matière : le Ring peut les dégommer en quelques sessions si tu roules fort.
- Disques sans fissures ni voilage : pas de tremblement dans la pédale au freinage, sinon, c’est non.
Pneus : ce qui te relie à l’enfer vert
- Évite les pneus vieux, même s’ils ont du profil. Un pneu durci par le temps sera traître.
- Les semi-slicks, c’est génial… si tu sais ce que tu fais et que la météo est stable. Sinon, un bon pneu UHP route est souvent plus sécurisant.
- Pressions à froid adaptées : commence légèrement plus bas que route, contrôle à chaud après 2–3 tours. Si ça glisse de partout, c’est souvent les pressions.
Fluides & mécanique
- Vidange moteur récente, surtout si tu envisages d’attaquer sérieusement.
- Liquide de refroidissement ok, pas de surchauffe en usage dynamique sur route avant d’y aller.
- Aucune fuite, aucun bruit suspect, aucun voyant allumé. Le Ring n’arrangera rien, au contraire.
Sécurité & équipement
- Casque fortement recommandé, même en voiture (et obligatoire sur certaines sessions ou événements spécifiques).
- Ceintures en parfait état. Si tu as des harnais + arceau, veille à être parfaitement installé.
- Extincteur à portée de main, c’est un plus, surtout sur des autos préparées.
Enfin, pense à vider la voiture avant de rentrer sur la piste : bouteille d’eau qui se balade, valise, sac photo… À 200 km/h, tout objet libre devient un projectile.
Organiser son supercar roadtrip jusqu’au Nürburgring
Le Nürburgring, ce n’est pas qu’un circuit, c’est aussi une belle destination de roadtrip. L’Eifel est truffée de petites routes sinueuses, de villages perdus, de forêts denses et de bitume qui donne envie de rester en troisième juste pour écouter le moteur chanter.
Choisir sa période
- Printemps / été : les périodes les plus sûres niveau météo. Plus de monde, mais plus de temps de roulage.
- Automne : magnifique, mais attention à l’humidité persistante sous les arbres, feuilles mortes et brouillard.
- Hiver : souvent fermé ou conditions très aléatoires. À éviter si ton objectif est vraiment de rouler sur le circuit.
Consulte toujours le calendrier officiel du Nürburgring avant de planifier ton séjour. Les jours TF varient, certains créneaux sont très courts (soirées), d’autres plus généreux.
Routes sympa autour du Ring
- Les routes de l’Eifel autour de Nürburg et Adenau : enchaînements de virages, relief, peu de trafic hors saison.
- La liaison depuis le Luxembourg ou la Belgique offre déjà de belles portions roulantes, avec un bon carburant (et parfois moins cher).
- L’option combo Spa-Francorchamps + Nürburgring pour les plus gourmands : deux temples du bitume sur le même roadtrip.
Hébergement & ambiance
- Adenau, Nürburg, Quiddelbach… de nombreux hôtels, pensions et maisons d’hôtes habitués à voir des supercars et des pistards.
- Parkings souvent remplis de GT3, M, RS, AMG : le café du matin se prend en commentant les montages frein / pneus du voisin.
- Certains hôtels proposent des garages fermés ou parkings sécurisés, idéal pour dormir tranquille avec une supercar.
Les secteurs clés du Nürburgring à connaître avant de rouler
Un tour du Ring, c’est beaucoup d’informations. En connaître quelques secteurs critiques avant de partir aide à rester lucide.
Hatzenbach : le début piégeux. Une série rapide de virages qui te met tout de suite dans le bain. Tendance à vouloir attaquer trop tôt. Reste propre, laisse la voiture s’installer, ne te bats pas avec le volant dès les premières courbes.
Flugplatz : légère bosse à haute vitesse. Certaines autos s’allègent, voire décollent un peu. Ligne droite, puis compressions et virages rapides. Regarde loin, pas juste devant le capot.
Schwedenkreuz : un des endroits les plus rapides et les plus impressionnants. Virage à très haute vitesse, souvent en appui. En supercar, c’est le genre d’endroit où tu lèves naturellement, même si les vidéos onboard te disent le contraire. Écoute ton instinct.
Fuchsröhre : une descente en compression suivie d’un enchaînement gauche-droite. Ça va vite, très vite. La voiture se plante au sol puis remonte. Ne te laisse pas hypnotiser par la vitesse, prépare le virage qui arrive en haut.
Adenauer Forst : classique des sorties de piste. Tu arrives plutôt vite, la trajectoire est moins intuitive qu’elle en a l’air, et beaucoup freinent trop tard. Mieux vaut y arriver un peu trop lent, tu auras de toute façon l’impression d’être à fond.
Bergwerk : un autre piège célèbre. Mauvaise sortie = tu traînes ta pénalité tout le long de la longue montée suivante. Mieux vaut sacrifier un chouïa l’entrée et sortir propre que d’y rentrer comme un héros et perdre tout le run derrière.
Karussell : l’icône. Ce virage en béton incliné, tu l’as vu mille fois. En vrai, l’entrée impressionne : tu plonges dans un rail de béton, la voiture se pose sur ses suspensions, ça vibre, ça grince, tu ressors avec le sourire. Ne coupe pas trop tôt, respecte l’entrée et la sortie, ne cherche pas à « jouer au pilote » au premier tour.
Pflanzgarten : enchaînement de bosses et de sauts. La voiture s’allège, se repose, puis replonge. Zone où l’expérience compte vraiment. Reste fluide, ne te crispe pas sur le volant.
Brünnchen : le virage des photographes et des spectateurs. Là où tout le monde veut « faire un beau passage » et où beaucoup terminent dans le bac ou sur YouTube malgré eux. Ne roule pas pour le public, roule pour ta trajectoire.
Galgenkopf : dernier vrai virage avant la longue ligne droite de Döttinger Höhe. Bonne sortie = top speed maximum. Mauvaise sortie = tu regardes les autres disparaître au loin.
Premiers tours : stratégie et sécurité avant tout
Le plus gros piège du Nürburgring, ce n’est pas le tracé, c’est de vouloir aller trop vite, trop tôt. Tu peux avoir 600, 700 ou 1000 ch, le Ring s’en moque. C’est lui qui décide.
Commence par des tours de reconnaissance
- Premier tour : à 60–70 % de ton rythme, même si ça te paraît frustrant.
- Utilise ce tour pour repérer les zones humides, les gravillons, les drapeaux, les éventuelles traces d’huile.
- Regarde beaucoup dans les rétros : tu vas forcément te faire rattraper par des autos plus rapides.
Gestion des dépassements
- Tu ne dépasses que par la gauche.
- Si quelqu’un est plus rapide derrière toi, lève légèrement, garde ta ligne, mets ton clignotant à droite pour lui indiquer que tu as vu.
- Ne change jamais brutalement de trajectoire pour « laisser passer » : c’est là qu’on se met au tas.
Gérer la fatigue et la surchauffe
- Un tour du Ring, c’est éprouvant. Pour toi comme pour la voiture.
- Laisse au moins un tour de pause entre deux tours rapides pour refroidir freins et pneus.
- Si tu sens ta concentration baisser, stop direct. Le Ring ne pardonne pas un moment d’inattention.
Coaching et location sur place
- Si tu veux vraiment progresser rapidement et en sécurité, envisage un instructeur. Certains roulent avec toi dans ta voiture, d’autres te précèdent.
- Tu peux aussi commencer avec une voiture de location préparée pour le Ring. Mieux vaut casser les plaquettes d’une voiture faite pour ça que celles de ta supercar à six chiffres.
Checklist rapide avant de passer la barrière
Juste avant de rentrer sur la piste, prends 2 minutes. Fais ce scan mental et matériel :
- Carburant : au moins un demi-plein, idéalement plus. Un tour à rythme soutenu consomme énormément, surtout en supercar.
- Pneus : visuellement ok, pas de coupure, pas de cloque. Pressions contrôlées.
- Freins : pédale ferme, pas de vibration ni de bruit suspect. Si tu viens de descendre d’une route de montagne, laisse-les refroidir un peu.
- Habitacle : tout est rangé, rien ne se balade.
- Seat & position de conduite : bien calé, sièges et volant ajustés pour être précis, pas en mode croisière autoroute.
- Mode de conduite : idéalement un mode sport/stabilité intermédiaire. Garder un filet d’ESP est une très bonne idée pour débuter.
- État d’esprit : ce n’est pas un examen, ce n’est pas une qualif, personne ne t’attend à l’arrivée avec un trophée. Tu es là pour apprendre, ressentir et profiter.
Le Nürburgring, c’est l’endroit où ta supercar sort de la théorie pour entrer dans le réel. Les fiches techniques, les chronos officiels, les « 0 à 100 » disparaissent. Ne reste que toi, la voiture, l’asphalte qui ondule et ces arbres qui défilent en périphérie de ta vision.
Prépare ton auto, prépare ta tête, respecte le tracé, les autres et tes propres limites. Et quand tu couperas le contact après ton premier tour, avec le métal qui claque en refroidissant et le frein qui sent un peu le chaud, tu sauras pourquoi ce bout de bitume perdu en Allemagne obsède autant les passionnés de roadtrip et de supercars.